
Le célèbre conte «Poucette» de Hans Christian Andersen est l’un des contes les plus tendres et les plus émouvants de la littérature mondiale, lu aux enfants depuis plus d’un siècle et demi. Une toute petite fille de la taille d’un pouce, qui traversa de nombreuses épreuves et trouva finalement son bonheur — cette histoire pour dormir pour enfants parle de la vraie beauté, de la bonté et du fait que chaque être mérite de trouver sa place dans le monde.
Poucette naquit d’un bouton de fleur et vivait avec sa maman dans une petite maison douillette. Mais un jour, un vilain crapaud la vola et voulut la marier à son fils. La petite fille réussit à s’échapper, mais de nouvelles épreuves l’attendaient : un hanneton qui la captura, et une taupe aveugle qui voulait l’épouser et la forcer à vivre dans un terrier souterrain sombre, sans soleil ni fleurs.
Mais le bon cœur de Poucette ne resta pas inaperçu. L’hirondelle qu’elle avait sauvée de la mort en hiver lui rendit la pareille et l’emporta vers des pays chauds, où la petite fille rencontra un prince des elfes — aussi petit et aussi beau qu’elle-même.
Pour ceux qui souhaitent lire le conte de fées «Poucette» en français, il faut savoir que ce conte enseigne aux enfants que le vrai bonheur ne s’achète pas et ne s’obtient pas par la force — il vient à ceux qui gardent la bonté de leur cœur malgré toutes les difficultés.
Lire le conte de fées «Poucette» en français
Il était une fois une femme qui désirait ardemment avoir un petit enfant, mais elle ne savait pas comment l’obtenir. Un jour, elle alla trouver une vieille sorcière et lui dit :
— Je voudrais tant avoir un tout petit enfant. Pouvez-vous m’aider ?
— Ce n’est pas difficile ! répondit la sorcière. Voici un grain d’orge bien particulier. Il n’est pas comme ceux qui poussent dans les champs ou qu’on donne aux poules. Mets-le dans un pot de fleurs — et tu verras un miracle !
La femme remercia sincèrement la sorcière, lui donna de l’argent et rentra chez elle en toute hâte.
À la maison, elle planta le grain, et il germa aussitôt, se transformant en une grande et magnifique fleur ressemblant à une tulipe. Ses pétales étaient serrés comme un bouton.
— Quelle belle fleur ! s’exclama la femme avec admiration. Elle embrassa doucement les pétales rouge et jaune, et à l’instant même ils s’ouvrirent.
Devant ses yeux apparut une vraie fleur de tulipe, et au centre, sur le pistil vert, était assise une toute petite fille, jolie et délicate, haute d’à peine un pouce.
— Poucette ! s’écria la femme, enchantée par ce petit prodige.
Une belle coquille de noix vernie lui servait de berceau, des pétales bleus de violettes en faisaient le matelas, et un pétale de rose la couverture. C’est là qu’elle dormait la nuit, et le jour elle jouait sur la table. La femme posait une assiette remplie d’eau avec des fleurs arrangées en couronne autour, leurs tiges plongeant dans l’eau. Elle déposait sur l’eau un grand pétale de tulipe, sur lequel Poucette s’asseyait et voguait d’un bord à l’autre de l’assiette, se servant de deux poils de cheval blancs comme rames. C’était vraiment merveilleux ! Poucette savait aussi chanter. Oh, elle chantait d’une voix si douce et si délicieuse que personne n’en avait jamais entendu de pareille.
Une nuit, tandis qu’elle était couchée dans son joli lit, un vilain crapaud entra par la fenêtre cassée. Il était grand, laid et mouillé.
Le crapaud sauta directement sur la table où Poucette dormait paisiblement sous un pétale de rose rouge.
— Quelle jolie petite fille ! Elle fera une excellente femme pour mon fils, dit le crapaud.
Sans perdre de temps, il saisit la coquille de noix dans laquelle dormait Poucette et sauta par la fenêtre dans le jardin. Un large ruisseau y coulait. Ses rives étaient boueuses et humides, et c’est dans la vase que le crapaud vivait avec son fils.
Le fils du crapaud était aussi laid que sa mère. En voyant Poucette dans la coquille de noix, il ne put que dire :
— Coâ, coâ, breke-ke-kex !
— Silence ! siffla la mère crapaud. Ne la réveille pas ! Elle pourrait s’envoler, car elle est plus légère que duvet de cygne. Posons-la au milieu du ruisseau, sur une large feuille de nénuphar — ce sera pour elle, si légère, comme une île entière ! De là elle ne pourra pas s’échapper, et pendant ce temps nous arrangerons les beaux appartements en bas, dans la vase, où vous habiterez.
Dans le ruisseau poussaient de nombreux nénuphars, leurs larges feuilles vertes flottant sur l’eau. La plus grande feuille poussait loin du bord. C’est vers elle que nagea la vieille crapaud et y déposa la coquille de noix avec Poucette.
La pauvre petite se réveilla de bon matin et, voyant où elle était, pleura amèrement. De tous côtés autour de la grande feuille verte il y avait de l’eau, et la petite fille ne pouvait rejoindre la terre ferme.
La vieille crapaud était en bas dans la vase, ornant la chambre de roseaux et de nénuphars jaunes. Il fallait bien plaire à la jeune belle-fille ! Puis elle nagea avec son hideux fils vers la feuille où se trouvait Poucette pour prendre son joli petit lit et le mettre dans la chambre de la fiancée, là où elle devrait vivre. La vieille crapaud s’inclina profondément dans l’eau devant la petite fille et dit :
— Voici mon fils, il sera ton mari, et vous vivrez ensemble magnifiquement dans la vase au fond du ruisseau.
— Coâ, coâ ! Breke-ke-kex ! — voilà tout ce que put dire le fils.
La crapaud et son fils prirent le joli lit et s’en allèrent, laissant Poucette seule sur la feuille verte. Elle pleura amèrement, car elle ne voulait pas vivre avec la vilaine crapaud et épouser son horrible fils.
Les petits poissons qui nageaient dans l’eau avaient tout vu et décidèrent d’aider. Sortant la tête de l’eau, ils virent la charmante petite fille et comprirent qu’une telle créature ne devait pas tomber entre les mains de la vilaine crapaud. Ils rongèrent tous ensemble la tige de la feuille, et celle-ci s’en alla au fil du courant.
Poucette, assise sur la feuille, se sentit soulagée. La crapaud ne pouvait plus la rattraper.
La feuille dérivait vers de nouveaux endroits, et les oiseaux assis dans les buissons chantaient en voyant la petite fille :
— Quelle jolie petite fille !
Poucette admirait le paysage. Le soleil la réchauffait de ses rayons, et l’eau brillait comme de l’or fondu.
Un beau papillon blanc se mit à voltiger autour de la petite fille. Finalement, il se posa près d’elle sur la feuille. Poucette fut heureuse de sa compagnie ; elle ôta sa ceinture, en attacha soigneusement un bout au papillon et l’autre à la feuille. Ils allèrent ainsi encore plus vite.
Mais soudain un grand hanneton arriva en volant. Voyant la charmante petite fille, il la saisit par sa taille fine avec sa patte et l’emporta sur un arbre. La feuille verte avec le papillon continua à dériver au fil du courant.
Oh, comme la pauvre Poucette fut effrayée quand le hanneton la saisit et la posa sur un arbre ! Mais ce qui la peinait le plus, c’était le beau papillon blanc qu’elle avait attaché à la feuille : s’il ne parvenait pas à se libérer, il pourrait mourir de faim.
Mais le hanneton ne s’en souciait pas. Il s’assit avec Poucette sur la plus grande feuille de l’arbre, lui offrit du doux nectar de fleurs et lui dit qu’elle était charmante, bien qu’elle ne ressemblât pas du tout à un hanneton. Puis d’autres hannetons qui vivaient dans le même arbre vinrent leur rendre visite. Ils regardaient Poucette, et les demoiselles hanneton remuaient leurs antennes et disaient :
— Elle n’a que deux jambes ! Quelle misère !
— Elle n’a pas d’antennes ! disaient les autres.
— Elle a la taille si fine, fi ! Elle ressemble à un être humain ! Comme elle est laide ! disaient toutes les dames hanneton.
Et pourtant Poucette était si charmante !
C’est ce que pensait aussi le hanneton qui l’avait apportée sur l’arbre, mais quand tous les autres affirmaient qu’elle était laide, il finit par le croire et ne voulut plus la garder. « Qu’elle aille où elle veut », décida le hanneton. Il s’envola avec elle de l’arbre et la posa sur une marguerite. Poucette pleura : elle était bien triste que les hannetons la trouvent laide et ne veuillent pas la garder.
Et pourtant la petite fille était extraordinairement belle : aussi douce et lumineuse que le plus beau pétale de rose.
Tout l’été, la pauvre Poucette vécut seule dans la grande forêt.
Elle se tissa un petit lit de brins d’herbe et le suspendit sous une feuille de bardane pour être protégée de la pluie. Elle se nourrissait du doux pollen des fleurs et buvait la rosée qu’elle trouvait chaque matin sur les feuilles. Ainsi passèrent l’été et l’automne, et l’hiver approchait, le froid et long hiver. Tous les oiseaux qui lui avaient si bien chanté s’étaient envolés, les feuilles des arbres étaient tombées, les fleurs s’étaient fanées ; la grande feuille de bardane sous laquelle elle vivait s’était recroquevillée et il n’en restait plus qu’une tige jaune et sèche.
La pauvre Poucette avait très froid, car sa robe était toute en lambeaux. Elle était si menue et si petite qu’elle pouvait mourir de froid ! La neige commença à tomber, et chaque flocon était pour Poucette comme une pleine pelletée de neige pour nous ; car nous sommes grands, et elle n’avait qu’un pouce de haut. Elle s’enroula dans une feuille sèche, mais cela ne la réchauffait pas et elle tremblait de froid.
Près de la forêt où se trouvait Poucette s’étendait un grand champ. Le blé avait été récolté depuis longtemps, et seul le chaume nu et sec sortait de la terre gelée. Poucette traversa ce champ comme une forêt touffue, tant elle tremblait de froid ! Elle aperçut alors une petite porte. C’était le terrier d’une souris des champs, caché sous des tiges de chaume. La souris y vivait au chaud et dans le confort. Elle avait un logement plein de grain, une belle cuisine et une chambre à coucher. La pauvre Poucette se tint devant la porte comme une pauvre mendiante et demanda un tout petit grain d’orge — voilà deux jours qu’elle n’avait rien mangé.
— Ma pauvre petite ! dit la vieille souris des champs, qui était une bonne et généreuse hôtesse. Entre dans ma chaumière bien chaude et mange avec moi !
Poucette plut beaucoup à la souris, qui lui proposa :
— Tu peux rester chez moi tout l’hiver, mais tu devras tenir le logement bien propre et me raconter des histoires, j’aime beaucoup ça.
Et Poucette faisait tout ce que lui ordonnait la bonne vieille souris. Elles vivaient très bien ensemble.
— Nous allons bientôt avoir de la visite, dit un jour la souris des champs. Mon voisin vient me voir une fois par semaine. Il vit encore mieux que moi dans sa maison. Il a de grands salons et porte une magnifique fourrure de velours noir. Si tu pouvais l’épouser, tu serais bien établie. Mais il est aveugle. Tu devras lui raconter les histoires les plus intéressantes que tu connaisses.
Mais Poucette ne voulait pas du tout épouser le voisin — car c’était une taupe.
Bientôt elle vint leur rendre visite dans sa pelisse de velours noir.
— Il est si riche et si savant, disait la souris des champs. Sa maison est vingt fois plus grande que la mienne, et il est très instruit, mais il ne supporte pas le soleil et les belles fleurs, il en dit toujours du mal car il ne les a jamais vus.
On ordonna à Poucette de chanter, et elle chanta « Hanneton, vole, vole » et « Le moine est allé dans les prés ». Charmé par sa belle voix, la taupe tomba aussitôt amoureuse d’elle, mais ne dit rien, car elle était un homme posé.
Peu après, la taupe creusa un long couloir souterrain de sa maison à la leur et permit à la souris des champs et à Poucette de s’y promener quand elles le voudraient. Mais elle les prévint de ne pas s’effrayer d’un oiseau mort qui se trouvait dans le passage, un vrai oiseau avec des plumes et un bec. Il était mort probablement tout récemment, au début de l’hiver, et avait été enterré là même où elle avait creusé son couloir.
La taupe prit dans sa bouche un morceau de bois phosphorescent qui brillait comme du feu dans l’obscurité et marcha devant en éclairant le long couloir sombre. Quand ils arrivèrent à l’endroit où gisait l’oiseau mort, la taupe poussa son large museau contre le plafond et fit un trou dans la terre, par lequel la lumière du jour pénétrait dans le couloir. Par terre gisait une hirondelle morte, ses belles ailes fermement collées contre le corps, les pattes et la tête cachées sous ses plumes. La pauvre petite était morte de froid.
Poucette en fut très peinée, car elle aimait tant tous les petits oiseaux qui lui avaient si bien chanté tout l’été. Mais la taupe la poussa de sa courte patte et dit :
— Elle ne piaillera plus ! C’est terrible de naître petit oiseau. Je remercie le ciel que mes enfants ne risquent pas cela : un tel oiseau n’a rien d’autre que son « cui-cui », et l’hiver venu il meurt de faim !
— Bien sûr, c’est ce que dirait un homme sensé, dit la souris. Que peuvent les oiseaux avec leur « cui-cui » quand l’hiver arrive ? C’est pourquoi ils meurent de froid et de faim, mais ils trouvent quand même à cela quelque chose de grandiose.
Poucette ne dit rien, mais quand la taupe et la souris eurent tourné le dos à l’oiseau, elle se pencha sur l’hirondelle, écarta les plumes de sa petite tête et l’embrassa sur ses yeux fermés.
« Peut-être est-ce celle qui me chantait si bien l’été, pensa-t-elle. Que de joie tu m’as donnée, douce et belle petite ! »
Puis la taupe reboucha le trou par lequel le jour pénétrait et reconduisit ses dames chez elles. La nuit, Poucette ne put pas du tout dormir. Elle se leva de son lit et tissa de brins d’herbe sèche une grande et belle couverture, alla en envelopper l’oiseau mort. Des deux côtés, sous les petites ailes, elle glissa du coton doux qu’elle avait trouvé dans le cellier de la souris, pour que l’oiseau fût un peu plus au chaud couché dans la froide terre.
— Adieu, belle petite ! dit Poucette. Adieu, et merci pour tes merveilleuses chansons cet été, quand tous les arbres étaient verts et que le soleil brillait si doucement sur nous !
Elle posa sa tête sur la poitrine de l’oiseau et fut soudain saisie d’effroi : on entendait comme quelque chose qui battait à l’intérieur. C’était le cœur de l’hirondelle. Elle n’était pas morte, elle était seulement engourdie par le froid, et maintenant réchauffée, elle revenait à la vie.
À l’automne, toutes les hirondelles s’envolent vers les pays chauds, et si l’une d’elles est en retard, elle gèle et tombe morte à terre. La neige froide la recouvre.
Poucette tremblait de peur, car l’oiseau était grand, très grand comparé à elle, si petite. Mais elle rassembla son courage, enveloppa l’hirondelle plus chaudement, apporta une feuille de menthe avec laquelle elle se couvrait elle-même et en couvrit la tête de l’oiseau.
La nuit suivante, Poucette se glissa de nouveau silencieusement vers elle. L’hirondelle avait maintenant tout à fait repris vie, mais elle était si faible qu’elle pouvait à peine entrouvrir les yeux. Elle regarda Poucette qui se tenait devant elle avec un morceau de bois phosphorescent en guise de lanterne.
— Merci, petite enfant charmante ! dit l’hirondelle malade. Je me suis si bien réchauffée ! Je serai bientôt tout à fait remise et pourrai m’envoler vers le beau soleil chaud !
— Oh non ! répondit Poucette. Il fait si froid dehors, il gèle, il neige. Reste dans ton lit bien chaud, je prendrai soin de toi !
Et elle apporta à l’hirondelle de l’eau dans une coupe de fleur. L’hirondelle but et lui raconta comment elle s’était blessé une aile contre un buisson d’épines et n’avait pu voler aussi vite que les autres hirondelles parties loin, très loin, vers les pays chauds. Elle était alors tombée à terre et ne se souvenait plus de rien, ne sachant pas comment elle était arrivée là.
Pendant tout l’hiver l’oiseau resta sous terre, et Poucette s’en occupa. La petite fille s’était beaucoup attachée à elle. Ni la taupe ni la souris des champs n’en savaient rien. Elles n’avaient pas envie de voir la pauvre hirondelle et passaient devant elle sans s’y arrêter.
Dès que le printemps arriva et que le soleil réchauffa la terre, l’hirondelle dit à Poucette :
— Adieu.
Poucette rouvrit le trou dans le plafond que la taupe y avait fait. Le soleil entra doucement, et l’hirondelle demanda si la petite fille ne voulait pas monter sur son dos et partir avec elle dans les forêts verdoyantes. Mais Poucette savait que la vieille souris des champs serait bien triste si elle la quittait.
— Non, je ne peux pas, dit Poucette.
— Adieu, adieu, bonne et merveilleuse petite ! dit l’hirondelle, et elle s’envola vers la liberté, vers le soleil.
Poucette la regarda partir, et les larmes lui vinrent aux yeux car elle s’était beaucoup attachée à la pauvre hirondelle.
— Cui-cui ! gazouilla l’hirondelle et s’envola vers la forêt verdoyante.
Poucette était bien triste. On ne la laissait jamais sortir au soleil. Le blé avait poussé sur le champ autour de la maison de la souris et paraissait une forêt touffue pour la pauvre petite.
— Cet été tu dois préparer ton trousseau ! dit la souris des champs à Poucette, car leur voisin, l’ennuyeuse taupe en pelisse de velours, lui avait fait sa demande. Il te faut des robes de laine et du linge de corps. Il te faut de quoi t’habiller et de quoi te coucher.
Poucette dut filer, et la souris loua quatre araignées qui tissèrent jour et nuit.
Chaque soir la taupe venait en visite et répétait que l’été tirait à sa fin, que le soleil ne chauffait plus autant, et c’était bien ainsi — la terre était déjà dure comme la pierre. Quand l’été serait passé, on célébrerait le mariage avec Poucette.
Mais cela ne réjouissait pas du tout Poucette, car elle n’aimait pas l’ennuyeuse taupe. Chaque matin, quand le soleil se levait, et chaque soir, quand il se couchait, elle se glissait vers la porte de la maison de la souris qui donnait sur l’extérieur. Le vent écartait les épis de blé et elle pouvait voir le ciel bleu. Elle pensait alors combien c’était clair et beau dehors, et de tout son cœur elle voulait revoir la chère hirondelle ; mais celle-ci ne revenait pas, elle habitait sûrement loin, dans les forêts verdoyantes.
Quand l’automne revint, tout le trousseau de Poucette était prêt.
— Dans quatre semaines ce sera ton mariage ! lui annonça la souris des champs.
Mais Poucette pleura et dit qu’elle ne voulait pas épouser l’ennuyeuse taupe.
— Sottises ! dit la souris des champs. Ne résiste pas, sinon je te mordrai de mes dents blanches ! Tu auras un excellent mari. La reine elle-même n’a pas de si belle pelisse de velours noir ! Tous ses greniers et ses caves sont pleins de provisions. Tu dois remercier le ciel d’avoir un tel mari !
Et voici que vint le jour du mariage. La taupe vint chercher Poucette pour l’emmener au fond de la terre, là où le soleil clair n’entrait jamais, car la taupe ne l’aimait pas.
La pauvre enfant était si triste ! Elle devait dire pour toujours adieu au soleil qu’elle pouvait au moins apercevoir de la porte chez la souris des champs.
— Adieu, beau soleil ! dit-elle en tendant les bras vers le haut, s’éloignant un peu de la maison de la souris. Le blé avait été récolté, et seul le chaume sec sortait de nouveau tout autour. — Adieu ! Adieu ! dit la petite fille en prenant dans ses petits bras doux une petite fleur rouge qui s’était par hasard conservée. — Salue de ma part la chère hirondelle si tu la vois.
— Cui-cui ! résonna soudain au-dessus de sa tête. Elle leva les yeux. C’était l’hirondelle qui passait. L’hirondelle fut si heureuse de revoir la petite fille ! Et Poucette lui raconta combien elle ne voulait pas épouser la vilaine taupe et vivre sous terre là où le soleil ne brillerait jamais.
Elle ne put se retenir et pleura amèrement.
— L’hiver froid arrive, dit l’hirondelle. Je pars loin, très loin, vers les pays chauds. Veux-tu venir avec moi ? Monte sur mon dos ! Attache-toi bien avec ta ceinture, et nous partirons loin de la vilaine taupe et de son sombre souterrain, nous volerons par-dessus les montagnes vers les pays chauds, où le soleil brille encore plus beau, où c’est toujours l’été et où les fleurs s’épanouissent toute l’année. Viens avec moi, chère et tendre Poucette ! Tu m’as sauvé la vie quand je gelais dans la froide terre sombre.
— Oui ! Je volerai avec toi ! dit Poucette.
Elle s’assit sur le dos de l’oiseau, appuya ses pieds sur ses ailes déployées et s’attacha à la plus grande plume avec sa ceinture. L’hirondelle s’éleva haut dans le ciel et vola au-dessus des forêts, au-dessus de la mer, au-dessus des hautes montagnes où la neige repose toujours.
Poucette avait froid. Elle s’enfonça dans les plumes chaudes de l’hirondelle, ne sortant que la tête pour admirer tous les lieux au-dessus desquels ils volaient.
Et voilà les pays chauds. Le soleil y brillait plus fort que chez nous, le ciel était deux fois plus haut, et le long des clôtures et des fossés poussaient de magnifiques vignes vertes et bleues. Dans les forêts mûrissaient des oranges et des citrons, on sentait le myrte et la menthe, et sur les sentiers de beaux enfants couraient après de grands papillons multicolores. Mais l’hirondelle volait encore plus loin. Les paysages en dessous devenaient de plus en plus beaux. Sous de magnifiques arbres verts, au bord d’une mer bleue, brillait de marbre blanc un vieux château. Des vignes enlaçaient ses hautes colonnes, et tout en haut sous le toit s’accrochaient de nombreux nids d’hirondelles. Dans l’un d’eux vivait l’hirondelle qui avait apporté Poucette.
— Voici ma maison ! dit l’hirondelle. Toi, choisis en bas la plus belle fleur. Je t’y porterai, et tu t’y installeras. Tout sera comme tu le souhaiteras.
— Comme c’est beau ! s’écria Poucette en battant des mains.
Par terre gisait une grande colonne de marbre, elle était tombée et s’était brisée en trois morceaux. Entre ses fragments avaient poussé de belles grandes fleurs blanches. L’hirondelle descendit avec Poucette et la posa sur l’un des larges pétales. Mais quelle surprise ! Au centre de la fleur était assis un tout petit homme, de la même taille que Poucette, et tout transparent — on aurait dit qu’il était de cristal. Sur la tête il portait une belle couronne d’or, et dans son dos brillaient des ailes étincelantes. C’était un elfe. Dans chaque fleur vivait un tel jeune homme ou une telle jeune fille, mais celui-ci était le roi de tous les elfes.
— Oh, qu’il est beau ! chuchota Poucette à l’hirondelle. Et le roi des elfes eut très peur de l’hirondelle, car comparée à lui c’était un oiseau géant, et lui était si petit et si délicat, mais quand il regarda Poucette, il fut tout simplement ravi — il n’avait jamais vu une aussi merveilleuse petite fille. Alors il ôta sa couronne et la posa sur la tête de Poucette. Puis l’elfe lui demanda son nom et si elle voulait l’épouser et être la reine des elfes !
Oui, c’était un vrai fiancé, bien différent du fils du crapaud ou de la taupe en pelisse de velours ! Poucette donna donc son consentement au charmant elfe. De chaque fleur s’envolait un jeune homme ou une jeune fille, si beaux que Poucette ne pouvait se rassasier de les regarder. Chacun apporta un cadeau à Poucette, mais ce qu’elle aimait le plus, c’étaient les belles ailes transparentes d’une grande libellule. On les attacha dans le dos de Poucette, et elle put voler de fleur en fleur. Ce fut une vraie joie ! Et l’hirondelle était assise haut dans son nid et chantait de belles chansons. Mais elle avait un peu de tristesse dans le cœur, car elle aimait beaucoup Poucette et n’aurait voulu jamais se séparer d’elle.
— On ne t’appellera plus Poucette, dit à la petite fille son fiancé. C’est un vilain nom, et tu es si belle. On t’appellera Maïa !
— Adieu ! Adieu ! dit l’hirondelle et s’envola des pays chauds pour retourner au loin, en Danemark. Là elle avait un petit nid sous la fenêtre d’un homme qui savait raconter des contes. Elle lui chanta son « cui-cui ! cui-cui ! », et c’est de lui que nous avons appris toute cette histoire.







